Après un décès : qui hérite réellement des comptes bancaires du défunt ?

Pourquoi cette question crée autant de confusion

Lorsqu’un proche décède, beaucoup de familles pensent spontanément que l’argent figurant sur ses comptes bancaires revient automatiquement au conjoint, à l’enfant “qui s’est occupé de tout”, ou au cotitulaire survivant du compte joint. En réalité, la banque ne décide pas qui hérite. Elle applique d’abord des règles de blocage, puis attend que la succession identifie juridiquement les personnes ayant des droits sur les sommes. En France, la succession s’ouvre au décès et les biens sont transmis soit selon la loi, soit selon les dispositions prises par le défunt, dans la limite de la réserve héréditaire. Autrement dit, les comptes bancaires ne “choisissent” pas leurs bénéficiaires : ils entrent dans la succession, sauf cas particuliers liés à la nature du compte ou du produit concerné.

La confusion vient aussi du fait qu’on mélange souvent trois questions différentes : qui peut continuer à utiliser un compte juste après le décès, qui est propriétaire juridique des fonds, et qui recevra effectivement l’argent au moment du règlement définitif de la succession. Ces trois sujets ne se recouvrent pas toujours. Une personne peut, par exemple, avoir été mandataire avant le décès sans avoir aucun droit successoral. À l’inverse, un héritier légal peut être appelé à recevoir une part des fonds sans pouvoir toucher au compte tant que les justificatifs successoraux n’ont pas été remis à la banque.

Il faut également distinguer le plan pratique du plan juridique. Sur le plan pratique, la banque veut sécuriser les avoirs, arrêter les mouvements non autorisés et éviter qu’une personne retire des fonds au détriment des autres héritiers. Sur le plan juridique, l’objectif est de déterminer à qui appartiennent réellement les sommes, en tenant compte du lien de parenté, de l’existence éventuelle d’un testament, du régime matrimonial, de la présence d’enfants d’une autre union, des dettes du défunt et de la nature même du compte bancaire.

La bonne question n’est donc pas seulement “qui hérite des comptes bancaires ?”, mais plutôt “dans quelles conditions les sommes déposées sur les comptes du défunt entrent-elles dans la succession, et selon quelles règles sont-elles ensuite réparties ?”. C’est cette logique qu’il faut suivre pour comprendre ce qui se passe réellement après un décès.

Les comptes bancaires font-ils automatiquement partie de la succession

En principe, oui. Les comptes ouverts au seul nom du défunt, qu’il s’agisse d’un compte courant, d’un livret, d’un compte sur livret ou d’autres comptes de dépôt, sont intégrés à l’actif successoral. Cela signifie que les sommes qui y figurent au jour du décès sont prises en compte pour calculer ce que la succession transmettra, après déduction des dettes éventuelles. Le solde du compte, positif ou négatif, ne disparaît pas : il est simplement traité dans le cadre successoral.

Il ne faut pas imaginer qu’un compte bancaire est un “lot” attribué à une seule personne par nature. Juridiquement, ce sont surtout les sommes qui s’y trouvent qui sont considérées. Si le défunt avait 30 000 euros sur un compte individuel, ces 30 000 euros s’ajoutent aux autres éléments de patrimoine transmis, comme un logement, un véhicule, des meubles, des placements ou des créances. Ensuite seulement, on détermine quelle part de cet ensemble revient à chaque héritier ou légataire.

C’est précisément pour cela qu’un proche ne peut pas décider seul, après le décès, de retirer l’argent “parce que tout le monde est d’accord” ou “parce qu’il savait que le défunt voulait lui laisser cette somme”. Tant que la qualité d’héritier, la composition de la succession et les droits de chacun n’ont pas été établis, les avoirs du défunt doivent être protégés. La banque a donc un rôle conservatoire, pas un rôle de partage.

Cette idée est essentielle : hériter des comptes bancaires du défunt ne veut pas dire hériter mécaniquement du compte en tant qu’outil bancaire. Cela signifie recevoir, dans le cadre du règlement successoral, tout ou partie des sommes qui figuraient sur ces comptes, selon les droits de succession applicables à la famille et, le cas échéant, selon les volontés valablement exprimées par le défunt.

Ce que fait la banque dès qu’elle apprend le décès

Dès que l’établissement bancaire est informé du décès, les comptes ouverts au seul nom du défunt sont en principe bloqués. Cette réaction n’est pas une sanction, mais une mesure de protection. Elle vise à figer la situation patrimoniale, à empêcher les retraits ou paiements irréguliers et à permettre l’établissement d’un état des avoirs utile au règlement de la succession. Les notaires rappellent qu’à compter du décès, plus aucune opération nouvelle ne doit intervenir sur les comptes individuels du défunt, sauf cas admis par les textes ou par la pratique bancaire encadrée.

Concrètement, la banque procède à un arrêté comptable. Elle photographie, en quelque sorte, la situation du compte à la date du décès. C’est sur cette base que seront ensuite établis les avoirs à partager, mais aussi les dettes éventuelles à imputer à la succession. Si le compte est débiteur, le découvert entre lui aussi dans le règlement successoral. Les héritiers n’héritent donc pas seulement d’un “argent disponible” : ils se trouvent face à un actif et à un passif à traiter ensemble.

La banque peut parallèlement échanger avec le notaire désigné par la famille. En pratique, cet interlocuteur centralise les informations, vérifie l’identité des héritiers, recueille les documents utiles et transmet ensuite à la banque les actes permettant le déblocage ou la clôture des comptes dans le cadre de la succession. Quand la succession est simple et les montants modestes, il existe toutefois des procédures allégées.

Il est important de comprendre que le blocage des comptes individuels n’empêche pas toute dépense liée aux obsèques. Des frais funéraires peuvent être prélevés sur les comptes du défunt sous certaines conditions. Le ministère de l’Économie rappelle qu’à compter du 1er janvier 2025, le plafond de cette somme a été porté à 5 910 euros. Ce n’est donc pas un libre accès au compte, mais une exception encadrée pour éviter que les proches avancent seuls des frais urgents alors que le patrimoine du défunt peut les couvrir.

La procuration sur le compte bancaire continue-t-elle après le décès

Non. La procuration cesse au décès du titulaire. C’est un point souvent mal compris par les familles. Une personne qui avait procuration sur le compte du défunt pouvait l’utiliser de son vivant pour effectuer des opérations en son nom. Mais cette autorisation disparaît avec le décès. Elle ne donne ni le droit de continuer à gérer le compte, ni le droit d’en prélever les fonds, ni encore moins la qualité d’héritier.

Cette règle évite que le mandataire, qui n’était qu’un représentant du vivant du titulaire, se transforme de fait en bénéficiaire après le décès. Dans la pratique, beaucoup de conflits successoraux naissent d’un malentendu à ce stade. Un enfant aidant, un voisin de confiance ou un conjoint séparé de biens a parfois eu accès aux moyens de paiement et croit, à tort, qu’il peut continuer à les utiliser “pour les besoins de la famille”. Or juridiquement, la mort met fin au mandat.

Si des retraits sont effectués après le décès à partir d’une ancienne procuration, ils peuvent être contestés au moment de la succession. La somme retirée peut être réintégrée dans les comptes entre héritiers, voire donner lieu à des tensions plus sérieuses si l’un des ayants droit estime qu’un autre s’est servi en priorité. C’est pour cette raison que l’information de la banque doit intervenir rapidement et que les moyens de paiement liés aux comptes individuels du défunt ne doivent plus être utilisés après le décès.

En d’autres termes, la procuration aide à gérer la vie quotidienne d’une personne vivante. Elle ne crée aucun droit successoral après sa mort. Pour savoir qui hérite réellement, il faut se tourner vers le droit des successions, pas vers le mandat bancaire antérieur.

Le conjoint survivant hérite-t-il automatiquement des comptes

Pas automatiquement, et jamais simplement parce qu’il est marié. En droit français, le conjoint survivant bénéficie de droits successoraux, mais l’étendue de ces droits dépend de la composition de la famille. Si le défunt laisse des enfants ou descendants, le conjoint survivant recueille, selon l’article 757 du Code civil, soit l’usufruit de la totalité des biens existants, soit la propriété du quart lorsque tous les enfants sont communs. En présence d’un ou plusieurs enfants non communs aux deux époux, le conjoint survivant reçoit la propriété du quart. Cela signifie que le conjoint n’absorbe pas automatiquement l’intégralité des comptes bancaires.

Quand il n’y a pas d’enfants ni de descendants, les droits du conjoint augmentent. S’il existe encore le père et la mère du défunt, le conjoint recueille la moitié des biens, l’autre moitié revenant à chacun des parents pour un quart. Si les père et mère sont absents et qu’il n’y a ni enfant ni descendant, le conjoint survivant recueille toute la succession. Là encore, la réponse dépend donc de la structure familiale, pas d’un automatisme bancaire.

En pratique, cela veut dire qu’un compte individuel au nom du défunt n’appartient pas d’emblée au conjoint survivant. Le conjoint a des droits dans la succession, mais ces droits doivent être calculés avec ceux des enfants, ou parfois avec ceux des parents du défunt. Si les comptes constituent l’essentiel de l’actif, ils pourront servir à remplir les droits du conjoint. Mais s’ils ne représentent qu’une partie du patrimoine global, la répartition se fera sur l’ensemble des biens.

Il faut aussi rappeler que les droits successoraux du conjoint se combinent avec d’autres protections, comme le droit temporaire au logement et, dans certains cas, le droit viager au logement sur la résidence principale. Ces mécanismes peuvent sécuriser matériellement le conjoint sans pour autant lui attribuer automatiquement la totalité des liquidités bancaires. Là encore, le patrimoine est envisagé dans son ensemble.

Les enfants sont-ils les héritiers prioritaires des comptes bancaires

Oui, en l’absence de dispositions particulières compatibles avec la loi, les enfants ou leurs descendants occupent la première place dans l’ordre successoral. Le Code civil prévoit que, lorsqu’il n’y a pas de conjoint successible, les enfants et leurs descendants appartiennent au premier ordre d’héritiers et excluent les ordres suivants. Plus largement, même en présence d’un conjoint, ce sont eux qui déterminent l’étendue des droits de ce conjoint.

Cela signifie qu’un parent ne peut pas, par simple préférence verbale, évincer complètement ses enfants au profit d’un autre proche en ce qui concerne les comptes bancaires intégrés à la succession. Le droit français protège une réserve héréditaire au profit des descendants. Le défunt peut organiser la transmission, favoriser dans certaines limites, prévoir des legs, avantager son conjoint selon les outils juridiques disponibles, mais il ne peut pas ignorer totalement la part réservée aux héritiers protégés lorsque ceux-ci existent.

Dans la pratique familiale, cette règle surprend souvent lorsque l’un des enfants a davantage aidé le parent âgé, a géré les rendez-vous médicaux, ou a assumé les démarches administratives. Cette implication peut être moralement reconnue, mais elle ne change pas à elle seule la dévolution successorale des comptes bancaires. Sauf dispositions valables prises du vivant du défunt, les enfants héritent selon les règles légales, généralement à parts égales entre eux, sous réserve des droits du conjoint survivant.

Il faut donc distinguer le mérite affectif, la proximité quotidienne et la vocation successorale. La banque, le notaire et les autres héritiers ne s’appuieront pas sur “qui s’est le plus occupé du défunt”, mais sur l’acte de notoriété, les actes d’état civil, les éventuelles dispositions testamentaires et les règles impératives du Code civil.

En l’absence d’enfants, qui hérite des comptes du défunt

Lorsqu’il n’y a ni enfants ni descendants, le schéma change. Si le défunt était marié et laisse encore ses père et mère, le conjoint survivant recueille la moitié des biens ; l’autre moitié est dévolue pour un quart au père et pour un quart à la mère. Si un seul parent survit, la part qui serait revenue au parent prédécédé échoit au conjoint survivant. En revanche, s’il n’y a ni enfants ni descendants ni père ni mère, le conjoint survivant recueille toute la succession.

Si le défunt n’était pas marié, on revient aux ordres d’héritiers prévus par le Code civil. Après les enfants viennent les père et mère, les frères et sœurs et les descendants de ces derniers ; ensuite les autres ascendants ; enfin les collatéraux ordinaires. Chacune de ces catégories exclut les suivantes. Là encore, les comptes bancaires suivent exactement cette logique successorale générale. Ils ne forment pas un patrimoine à part avec des règles spéciales.

Ce point est fondamental pour les familles recomposées ou éloignées. Beaucoup pensent, à tort, qu’en l’absence d’enfants, le frère ou la sœur “gère tout naturellement”. Ce n’est vrai que si aucune personne mieux placée dans l’ordre successoral n’existe et si aucun conjoint successible ne vient en concours. La banque ne se contente donc jamais d’entendre l’histoire familiale : elle attend des pièces permettant d’identifier avec certitude la hiérarchie successorale.

Là encore, la question n’est pas “qui a les clés du logement” ou “qui connaît le conseiller bancaire”, mais “qui a la qualité d’héritier au sens de la loi”. C’est seulement après cette vérification que l’argent figurant sur les comptes pourra être versé, réparti ou imputé sur la part de chacun.

Le partenaire de PACS ou le concubin héritent-ils des comptes

Le mariage confère au conjoint survivant une vocation successorale légale. Le PACS, lui, n’emporte pas la même conséquence. Le partenaire pacsé n’est pas, par lui-même, héritier légal de son partenaire décédé. Quant au concubin, il ne dispose pas non plus d’une vocation successorale automatique. Cela signifie qu’en l’absence de testament ou d’autre mécanisme juridique valablement mis en place du vivant du défunt, ni le partenaire pacsé ni le concubin ne peuvent prétendre, de plein droit, aux comptes bancaires intégrés à la succession. Cette réalité est souvent mal anticipée dans les couples non mariés.

Concrètement, une personne peut avoir partagé sa vie pendant vingt ans avec le défunt, avoir participé aux dépenses du foyer, et pourtant ne rien hériter des comptes individuels du défunt si aucun testament ne l’a désignée dans les limites permises par la loi. Les héritiers légaux seront alors les enfants, ou à défaut d’enfants d’autres membres de la famille selon l’ordre prévu par le Code civil.

Cette situation explique pourquoi de nombreux litiges naissent dans les familles non mariées lorsque l’essentiel du patrimoine est constitué d’épargne bancaire. Socialement, le partenaire survivant semble “légitime”. Juridiquement, il ne l’est pas automatiquement. Pour hériter réellement des comptes, il faut un fondement successoral. Sans ce fondement, la banque et le notaire ne pourront pas lui attribuer les fonds au seul motif de la vie commune.

Il faut donc retenir une règle simple : le conjoint marié a des droits légaux dans la succession ; le partenaire de PACS et le concubin n’en ont pas automatiquement. Pour ces derniers, l’accès aux comptes du défunt dépendra d’actes préparés à l’avance, non d’une présomption successorale.

Le testament peut-il attribuer les comptes à une personne précise

Le défunt peut organiser sa succession par des libéralités, notamment par testament, mais toujours dans le respect des règles protectrices, en particulier la réserve héréditaire lorsqu’il existe des descendants. Le Code civil précise que les successions sont dévolues selon la loi lorsque le défunt n’a pas disposé de ses biens par des libéralités, et qu’elles peuvent l’être par libéralités dans la mesure compatible avec la réserve héréditaire. Cela signifie qu’un testament peut modifier la répartition des comptes bancaires, mais pas de manière illimitée.

En pratique, un testament peut désigner un légataire universel, attribuer un legs particulier portant sur une somme d’argent ou sur certains comptes, ou encore avantager un conjoint. Mais si le défunt laisse des enfants, ceux-ci conservent des droits protégés. Le testament ne permet donc pas toujours de transmettre l’intégralité des comptes à un seul bénéficiaire si cela prive les héritiers réservataires de leur part minimale.

Beaucoup de familles découvrent ce point trop tard. Elles lisent un testament mentionnant qu’“un tel recevra l’ensemble de mes liquidités” et en déduisent que la question est réglée. Or il faut encore vérifier si cette disposition est juridiquement efficace dans toute son ampleur. Le notaire devra, le cas échéant, calculer les droits réservataires, apprécier la quotité disponible et déterminer ce que la volonté du défunt peut produire réellement.

Autrement dit, un testament peut influer sur l’héritage des comptes bancaires, parfois de façon très significative, mais il ne remplace pas l’analyse successorale. Les comptes ne sont pas “hors succession” du seul fait qu’ils ont été mentionnés dans un testament. Ils restent soumis au contrôle des règles impératives de transmission.

Le compte joint change-t-il la règle de l’héritage

Le compte joint est la source principale des idées reçues. Beaucoup pensent que, puisqu’il y a deux noms sur le compte, le survivant devient automatiquement propriétaire de toutes les sommes. En pratique bancaire, le compte joint reste généralement ouvert au décès de l’un des cotitulaires, et la convention de compte joue un rôle essentiel. Les notaires rappellent cependant qu’en présence d’une succession, le notaire ou l’administration fiscale peut demander le blocage du compte joint afin de sécuriser les fonds et d’organiser leur future répartition. Le fonctionnement bancaire du compte ne tranche donc pas à lui seul la propriété définitive des sommes.

Il faut distinguer deux plans. D’un côté, le compte joint est un outil de fonctionnement courant qui autorise chacun des cotitulaires à utiliser le compte selon la convention signée avec la banque. De l’autre, au décès, la question successorale consiste à déterminer quelle part des fonds présents sur ce compte appartenait réellement au défunt. Ce n’est pas parce qu’un compte est joint que 100 % du solde échappe à la succession.

En règle pratique, les sommes déposées sur un compte joint sont souvent présumées appartenir pour moitié à chaque cotitulaire, sauf preuve contraire. Mais cette idée de moitié n’est qu’un point de départ d’analyse, pas un automatisme universel. Si les revenus du compte provenaient quasi exclusivement du défunt, ou si des mouvements particuliers démontrent une autre réalité économique, la part entrant dans la succession peut faire débat entre héritiers et survivant. La banque, de son côté, n’est pas toujours l’instance qui tranche ce débat. Il appartient souvent au notaire, et parfois au juge en cas de conflit, d’apprécier la situation.

Le message essentiel est donc le suivant : le compte joint facilite l’usage du compte pendant la vie commune, mais il ne permet pas de contourner automatiquement le droit des successions au décès. Le cotitulaire survivant peut parfois continuer à faire fonctionner le compte, mais cela ne signifie pas qu’il hérite librement de tout ce qui s’y trouvait. La succession peut revendiquer la part des sommes qui appartenait au défunt.

Qui hérite réellement de l’argent présent sur un compte joint

La réponse dépend de ce qu’on appelle “hériter”. Si l’on parle du fonctionnement pratique du compte, le cotitulaire survivant conserve souvent une capacité d’usage selon les clauses du compte joint. Mais si l’on parle de propriété successorale, ce sont les héritiers du défunt qui ont vocation à recevoir la part des fonds qui appartenait à celui-ci. Le conjoint survivant peut être à la fois cotitulaire et héritier, mais ces deux qualités ne doivent jamais être confondues.

Prenons un exemple simple. Un couple marié détient un compte joint créditeur de 40 000 euros. Si la moitié de ce solde est considérée comme appartenant au défunt, 20 000 euros entrent dans la succession. Le survivant ne perd pas sa propre part, mais il ne s’approprie pas nécessairement la totalité des 40 000 euros. Les héritiers se partageront la part successorale en fonction des droits applicables. Si le survivant est aussi conjoint héritier, il recevra une partie de cette moitié selon les règles de la succession, pas parce qu’il était seul restant sur le compte, mais parce qu’il a une qualité successorale.

Cette distinction évite bien des erreurs. Dans certaines familles, le cotitulaire survivant vide rapidement le compte joint en considérant qu’il “lui appartient désormais”. Ce comportement peut être contesté si les autres héritiers démontrent que le compte contenait en tout ou partie des fonds relevant de la succession. Le survivant n’est pas toujours de mauvaise foi ; il confond souvent survivance bancaire et propriété civile. Mais cette confusion peut coûter cher.

En pratique, plus les flux sur le compte joint sont imbriqués, plus la reconstitution peut être délicate. Revenus, dépenses communes, virements personnels, économies constituées avant le couple : tout cela peut influer sur l’analyse. Le point de départ reste pourtant simple : le décès n’efface pas la part du défunt dans les fonds. Cette part doit être intégrée à la succession et répartie entre ceux qui ont réellement droit à l’héritage.

Le compte indivis obéit-il à des règles différentes

Oui, dans son fonctionnement, mais pas sur le fond successoral. Le compte indivis se distingue du compte joint en ce qu’il fonctionne en principe avec l’accord de tous les cotitulaires. Le ministère de l’Économie rappelle qu’il existe des différences importantes entre compte individuel, compte joint et compte indivis. Dans un compte indivis, les décisions et mouvements exigent habituellement une logique d’unanimité ou des modalités plus restrictives que celles du compte joint.

Après un décès, cette structure favorise en pratique le gel de la situation, car le fonctionnement du compte est déjà conçu autour d’un consentement collectif renforcé. Mais le principe de fond reste le même : la part appartenant au défunt entre dans sa succession. L’existence d’un compte indivis ne désigne pas, à elle seule, les héritiers. Elle ne fait que compliquer ou encadrer davantage l’usage du compte avant et après le décès.

Beaucoup de familles utilisent un compte indivis pour gérer des biens ou des dépenses à plusieurs. Au décès de l’un des titulaires, le compte ne devient pas “la propriété des survivants” par simple effet bancaire. Il faut là aussi identifier la part du défunt et la faire entrer dans la succession. Le reste pourra continuer à appartenir aux autres cotitulaires selon leurs droits propres.

Autrement dit, le type de compte modifie surtout les conditions de gestion immédiate. Il ne change pas la règle fondamentale : ce qui appartenait au défunt doit être traité dans la succession, puis attribué aux personnes juridiquement fondées à recevoir cet héritage.

Les comptes d’épargne et les livrets sont-ils hérités comme le compte courant

Oui, pour l’essentiel. Les comptes de dépôt et les produits d’épargne réglementée, comme le livret A, le livret d’épargne populaire, le livret de développement durable et solidaire ou le livret jeune, entrent dans le champ des avoirs bancaires pris en compte au décès. Les règles de succession bancaire récemment encadrées par les pouvoirs publics visent expressément les comptes de dépôts et plusieurs produits d’épargne réglementée. Cela confirme qu’en pratique, ces placements sont bien traités dans le cadre du règlement successoral.

Le proche qui pense que “le livret, c’est autre chose que la succession” se trompe donc, sauf exception propre à certains produits ou montages. En règle générale, l’épargne bancaire ordinaire du défunt est recensée, valorisée et rattachée à l’actif successoral. Ce n’est pas parce qu’elle se trouve sur un support d’épargne plutôt que sur un compte courant qu’elle sort du patrimoine à partager.

Cette précision est utile, car beaucoup de familles se concentrent sur le compte courant et oublient les livrets, les comptes sur livret ou certains produits ouverts dans d’autres établissements. Or, pour déterminer qui hérite réellement, il faut dresser l’inventaire le plus complet possible des avoirs du défunt. Les droits successoraux se calculent sur l’ensemble, pas uniquement sur le compte utilisé au quotidien.

Dans les successions modestes, cette épargne peut représenter l’essentiel du patrimoine transmis. Dans les successions plus importantes, elle peut servir à régler les dettes, les frais, les soultes entre héritiers, ou encore les droits fiscaux. Là aussi, les comptes bancaires n’ont pas une destinée isolée : ils participent à l’économie générale de la succession.

L’argent du défunt revient-il avant tout à ses héritiers ou sert-il d’abord à payer ses dettes

Avant de parler de partage, il faut parler de passif. Une succession transmet des droits, mais peut aussi transmettre des dettes. Service-Public rappelle que l’héritier dispose de plusieurs options : accepter purement et simplement, accepter à concurrence de l’actif net, ou renoncer à la succession. Cette faculté démontre bien que l’héritage ne se résume pas à un gain. Les fonds présents sur les comptes bancaires du défunt peuvent d’abord servir à apurer certaines dettes et charges de la succession avant qu’un solde net ne soit réparti entre les héritiers.

En pratique, si le défunt laissait un découvert bancaire, des impôts dus, des factures, un prêt restant à rembourser ou d’autres dettes certaines, ces éléments influent sur ce que les héritiers recevront réellement. Les comptes bancaires constituent alors un réservoir de liquidités permettant de régler tout ou partie du passif. Ce n’est qu’après cette étape que l’on peut déterminer la valeur nette revenant à chacun.

Cette logique explique pourquoi “hériter d’un compte” n’est jamais une notion totalement autonome. Ce qu’un héritier reçoit n’est pas un solde brut intouchable, mais une part nette dans une succession qui supporte éventuellement des charges. Un compte très approvisionné peut ainsi aboutir à un héritage plus réduit qu’on ne l’imaginait si le passif est élevé. À l’inverse, une succession pauvre en liquidités peut nécessiter la vente d’autres biens pour équilibrer la répartition.

Il faut donc toujours raisonner en patrimoine net. Cette approche évite les déceptions et les conflits inutiles entre héritiers qui ne regarderaient que le solde affiché sur l’application bancaire sans tenir compte du passif successoral.

Peut-on débloquer rapidement les comptes quand la succession est modeste

Oui, dans certains cas. Les Notaires de France indiquent que, lorsque le montant total des avoirs financiers du défunt est inférieur à 5 000 euros, une attestation écrite et signée par l’ensemble des héritiers peut suffire pour obtenir le versement des fonds, conformément à l’article L312-1-4 du Code monétaire et financier. Au-delà de ce seuil, un acte de notoriété établi par un notaire est en principe nécessaire pour débloquer les avoirs bancaires.

Cette possibilité simplifie la vie des familles lorsque la succession est très simple et les montants limités. Elle ne signifie pas que les fonds sont versés à la première personne qui se présente. Tous les héritiers doivent être identifiés, d’accord sur la demande, et capables de produire les documents requis. La procédure allégée n’efface donc pas les droits de chacun ; elle allège seulement la preuve de la qualité d’héritier dans les petites successions.

Dans la pratique, cette règle a une portée concrète importante. Beaucoup de successions ne comportent qu’un ou deux comptes faiblement approvisionnés. Sans mécanisme simplifié, les démarches notariales pourraient sembler disproportionnées. Mais cette souplesse ne doit pas être interprétée comme un droit individuel d’accès au compte. La logique reste collective et successorale.

Il faut également rappeler que, depuis l’encadrement des frais bancaires de succession, certaines successions modestes bénéficient d’un régime plus favorable sur les frais facturés par les banques. Cela allège encore la charge supportée par les familles lorsque les avoirs sont réduits.

Quels frais la banque peut-elle facturer aux héritiers

Longtemps, les frais bancaires de succession ont varié fortement d’une banque à l’autre. Depuis le 13 novembre 2025, ils sont encadrés. Le ministère de l’Économie précise qu’ils sont désormais plafonnés à 1 % du montant total des soldes des comptes et des produits d’épargne du défunt, avec un maximum revalorisé chaque année ; au 1er janvier 2026, ce maximum est fixé à 857 euros. Cette évolution change concrètement la donne pour les familles.

Le ministère précise aussi qu’aucun frais ne peut être facturé dans trois situations : lorsque le titulaire était mineur ; lorsque le solde total des comptes et produits d’épargne du défunt est inférieur à 5 965 euros ; et lorsque les héritiers présentent un acte de notoriété ou une attestation commune et que la succession ne présente pas de complexité manifeste. Ces règles visent les comptes de dépôts et plusieurs produits d’épargne réglementée.

Pour les héritiers, cette réforme est importante car les frais de succession bancaire venaient parfois réduire sensiblement l’intérêt économique des petits avoirs. Désormais, le cadre est plus lisible. Cela ne signifie pas que le règlement de la succession devient gratuit, puisqu’il peut encore y avoir d’autres coûts, notamment notariaux ou fiscaux selon les situations, mais le volet bancaire est mieux borné.

Il reste toutefois recommandé de demander à la banque le détail de ce qu’elle facture, surtout lorsque plusieurs comptes ou produits sont concernés. Les héritiers gagnent à vérifier que les frais appliqués correspondent bien au nouveau cadre légal. La transparence bancaire s’est renforcée, mais elle n’exonère pas d’un minimum de vigilance.

Les frais d’obsèques peuvent-ils être payés avec les comptes du défunt

Oui, sous conditions. Le ministère de l’Économie rappelle que les frais d’obsèques peuvent être prélevés sur les comptes bancaires du défunt, et précise qu’à compter du 1er janvier 2025, le plafond a été porté à 5 910 euros. Cette possibilité répond à un besoin très concret : les funérailles doivent souvent être organisées rapidement, alors même que la succession n’est pas encore réglée.

Cette faculté ne doit pas être confondue avec un déblocage général des comptes. Elle permet uniquement de régler une dépense bien identifiée, dans un cadre déterminé. Le fait que la banque puisse laisser passer ce paiement ne signifie pas que les autres sommes deviennent disponibles pour les proches. Le principe du blocage des comptes individuels demeure.

Sur le terrain, cette exception apaise de nombreuses situations. Sans elle, la personne qui organise les obsèques devrait souvent avancer la totalité des frais, parfois sans savoir si elle sera remboursée rapidement. Le droit bancaire et la pratique successorale admettent donc ce paiement prioritaire, car il s’agit d’une charge directement liée au décès.

Là encore, il faut retenir que la logique n’est pas de donner l’accès au compte à un proche, mais de permettre l’exécution d’une dépense nécessaire. C’est une différence essentielle pour comprendre ce que la banque autorise réellement après le décès.

Faut-il forcément passer par un notaire pour savoir qui hérite des comptes

Pas dans toutes les situations, mais très souvent en pratique dès que la succession présente un peu de complexité, un montant significatif ou des enjeux familiaux particuliers. Pour les avoirs supérieurs à 5 000 euros, les Notaires de France rappellent qu’un acte de notoriété est requis pour débloquer les fonds bancaires. Cet acte permet d’identifier les héritiers et de faire reconnaître officiellement leur qualité.

Même lorsque le passage devant notaire n’est pas strictement imposé pour chaque détail, il devient vite indispensable dès qu’il faut articuler les droits du conjoint, des enfants, l’existence d’un testament, la situation d’un compte joint, la présence de biens immobiliers ou l’existence d’un passif. Sans cette intervention, les banques n’ont généralement pas la sécurité juridique nécessaire pour répartir les fonds.

Le notaire ne “choisit” pas les héritiers non plus. Il constate la situation juridique, vérifie les pièces, applique les règles de succession et adresse ensuite aux établissements concernés les documents utiles. Son rôle est donc central pour transformer une situation familiale floue en répartition juridiquement opposable.

Dans les successions simples, la famille a parfois l’impression que le notaire “ralentit” l’accès aux comptes. En réalité, il sécurise surtout la transmission. Cela protège tous les ayants droit, y compris contre les erreurs commises de bonne foi.

Le régime matrimonial peut-il influencer l’héritage des comptes

Oui, indirectement mais parfois très fortement. Avant même de répartir la succession, il faut déterminer ce qui appartenait réellement au défunt au jour de son décès. Or, selon le régime matrimonial, certains biens ou certaines liquidités peuvent relever de la communauté, tandis que d’autres restent propres à chaque époux. Cela influence donc la masse sur laquelle porteront les droits successoraux.

Par exemple, si un couple marié sous un régime communautaire a accumulé des économies sur un compte alimenté par des revenus communs, il faudra d’abord raisonner en liquidation du régime matrimonial avant de parler d’héritage sur la totalité des sommes. Ce n’est qu’après avoir déterminé la part revenant au conjoint au titre du régime matrimonial que l’on saura quelle part entre réellement dans la succession du défunt.

Cette étape est souvent invisible pour les familles, mais elle est décisive. Elle explique pourquoi le conjoint survivant peut recevoir une part importante des liquidités sans pour autant “hériter de tout” au sens strict. Une partie peut lui revenir parce qu’elle lui appartenait déjà dans le cadre matrimonial, une autre parce qu’il est héritier, une autre encore parce qu’un aménagement successoral a été prévu.

Dans un article orienté client, il faut donc retenir une idée simple : avant de se demander qui hérite des comptes, il faut parfois commencer par se demander à qui ces comptes ou ces fonds appartenaient réellement avant l’ouverture de la succession.

Que se passe-t-il quand il existe des enfants d’une autre union

La présence d’enfants non communs modifie sensiblement les droits du conjoint survivant. L’article 757 du Code civil prévoit qu’en présence d’un ou plusieurs enfants qui ne sont pas issus des deux époux, le conjoint survivant recueille la propriété du quart des biens. Il n’a alors pas le choix entre le quart en pleine propriété et l’usufruit universel comme lorsque tous les enfants sont communs.

Cette différence a des conséquences directes sur l’héritage des comptes bancaires. Dans une famille recomposée, le conjoint survivant ne peut donc pas présumer qu’il disposera des liquidités comme dans une famille où tous les enfants seraient communs. Les enfants du défunt, y compris issus d’une précédente union, ont des droits qui viennent encadrer la part du conjoint.

En pratique, cette configuration est l’une des plus sensibles. Le conjoint survivant peut avoir participé à la constitution du patrimoine, habiter le logement commun et utiliser un compte joint au quotidien, tandis que les enfants d’une autre union revendiquent leur part sur les liquidités successorales. Le droit ne tranche pas en fonction de l’ancienneté du couple ou de la proximité affective, mais en fonction des règles légales applicables.

C’est pourquoi les successions en famille recomposée nécessitent souvent une préparation en amont. À défaut, les comptes bancaires deviennent rapidement un point de friction majeur, car ils représentent l’actif le plus liquide et le plus immédiatement convoité.

Un héritier peut-il renoncer à la succession et garder malgré tout l’argent d’un compte

Non. Renoncer à la succession signifie renoncer aux droits et, corrélativement, se dégager des obligations qui y sont attachées selon le cadre légal. Service-Public présente les trois options successorales : acceptation pure et simple, acceptation à concurrence de l’actif net, ou renonciation. La renonciation exclut l’héritier de la succession ; il ne peut donc pas prétendre conserver une part des comptes bancaires du défunt au titre d’héritier.

Cette précision est utile, car certaines personnes voudraient parfois “laisser les dettes mais garder les liquidités”. Le droit des successions ne fonctionne pas ainsi. On ne prélève pas dans les comptes du défunt en choisissant seulement ce qui arrange. Le statut d’héritier emporte un régime global, avec des options prévues par la loi.

En revanche, si une personne disposait d’un droit propre, indépendant de la succession, la question peut être différente. Mais s’agissant de l’argent figurant sur les comptes individuels du défunt et entrant dans la succession, la renonciation prive de la qualité pour en demander l’attribution.

L’idée à retenir est donc simple : pour hériter réellement des comptes bancaires du défunt, il faut assumer ou organiser sa position successorale dans le cadre prévu par la loi. On ne peut pas se placer à moitié dedans et à moitié dehors.

L’héritage des comptes se fait-il toujours en argent ou parfois seulement “sur le papier”

Souvent, les héritiers imaginent que les comptes bancaires seront purement et simplement virés à chacun selon sa quote-part. C’est fréquent, mais pas systématique. En réalité, l’argent présent sur les comptes fait partie d’une masse successorale plus large. Il peut servir à compenser des attributions d’autres biens, à verser une soulte, à régler des frais, ou à équilibrer un partage. Ainsi, un héritier peut recevoir davantage de liquidités tandis qu’un autre reçoit un autre bien du patrimoine, pour parvenir à une répartition conforme aux droits de chacun.

Cette logique explique pourquoi la question “qui hérite du compte X ?” est parfois mal posée. Dans de nombreuses successions, on n’attribue pas compte par compte, mais valeur par valeur. Les sommes disponibles sur les comptes bancaires servent alors de variable d’ajustement. Elles sont particulièrement utiles pour parvenir à un partage concret sans devoir vendre immédiatement un bien immobilier ou un autre actif moins liquide.

Pour les familles, cela change la lecture du dossier. Celui qui ne “reçoit pas le compte” ne perd pas nécessairement sa part ; il peut recevoir une valeur équivalente sous une autre forme. Inversement, celui qui reçoit davantage de liquidités n’est pas toujours avantagé au final si cela compense la moindre attribution d’autres biens.

La vraie question reste donc la valeur nette revenant à chacun, non le nom du support bancaire sur lequel elle figurait au jour du décès.

Pourquoi les retraits ou virements effectués juste avant le décès sont-ils parfois contestés

Parce que les comptes bancaires sont des actifs très faciles à déplacer. Lorsque des retraits importants, des virements vers un proche ou des transferts vers un compte joint interviennent peu avant le décès, les autres héritiers peuvent se demander si le défunt les a réellement voulus, s’il était encore en état de décider librement, ou si ces mouvements dissimulent une avance injustifiée sur la succession. La vigilance est particulièrement forte lorsqu’un seul proche gérait déjà les finances du défunt.

La banque ne tranchera pas seule ce type de contestation. Elle pourra fournir les relevés et mouvements, mais la qualification juridique du retrait ou du virement appartiendra à l’analyse successorale, et parfois au juge si le désaccord persiste. Selon les cas, une somme peut être considérée comme une simple dépense courante, comme une donation, comme un prêt, ou comme un mouvement contestable devant être réintégré dans les comptes de la succession.

Cette problématique est liée à la même idée directrice : l’argent figurant sur les comptes au moment du décès n’est pas le seul sujet. Ce qui compte, c’est aussi ce qui a quitté les comptes juste avant, dans quelles conditions, et avec quelle justification. Dans les successions conflictuelles, la reconstitution des derniers mois peut devenir centrale.

Pour un client non juriste, la règle de prudence est simple : lorsqu’un parent est très fragilisé et que la fin de vie approche, mieux vaut éviter les transferts atypiques sans trace claire. Sinon, les comptes bancaires risquent de devenir le cœur du contentieux familial.

Les comptes bancaires peuvent-ils être utilisés pour payer les droits de succession

Oui, les liquidités bancaires servent très souvent à financer les conséquences fiscales de la succession. Le ministère de l’Économie rappelle que des droits de succession peuvent être dus sur la part recueillie selon le lien de parenté et la valeur transmise. Dans la pratique, les comptes bancaires constituent la ressource la plus immédiate pour régler ces sommes, ce qui évite parfois la vente précipitée d’un bien.

Cela ne signifie pas que la banque verse spontanément l’argent au fisc sans formalités, mais plutôt que, dans l’économie du règlement successoral, les liquidités jouent un rôle stratégique. Un patrimoine riche en immobilier mais pauvre en trésorerie peut d’ailleurs mettre les héritiers en difficulté. À l’inverse, des comptes bien alimentés peuvent fluidifier le règlement des frais, dettes et droits, avant partage du solde.

Pour répondre précisément à la question “qui hérite réellement ?”, il faut donc parfois préciser “après paiement de quoi ?”. Ce que reçoivent effectivement les héritiers sur les comptes dépend de la manière dont la succession absorbe ses charges.

Ce point est souvent sous-estimé par les familles, qui regardent le total des soldes sans anticiper ce qui sera prélevé ou mobilisé avant le partage définitif.

L’assurance-vie doit-elle être confondue avec les comptes bancaires du défunt

Non, et cette distinction évite de nombreuses erreurs. Les comptes bancaires ordinaires, livrets et produits d’épargne visés par les règles bancaires de succession relèvent du patrimoine successoral classique. L’assurance-vie, elle, obéit à un mécanisme de désignation bénéficiaire propre, distinct du simple solde d’un compte bancaire. Le ministère de l’Économie distingue clairement les démarches liées à la recherche de bénéficiaires d’assurance-vie et celles concernant les comptes bancaires.

Pour un proche endeuillé, la confusion est fréquente, car tout semble “être de l’argent placé à la banque”. Pourtant, juridiquement, ce n’est pas le même circuit. Demander “qui hérite des comptes bancaires ?” ne suffit donc pas à traiter la question d’éventuels contrats d’assurance-vie souscrits par le défunt. Un bénéficiaire d’assurance-vie peut être une personne différente des héritiers de la succession bancaire.

Dans un article centré sur les comptes bancaires, il faut surtout retenir que les proches ne doivent pas tout mélanger dans leurs démarches. Les règles applicables à un compte courant ou à un livret ne répondent pas automatiquement au sort d’un contrat d’assurance-vie.

Cette distinction évite aussi les déceptions. Une personne qui n’hérite pas des comptes bancaires du défunt peut néanmoins être bénéficiaire d’un contrat distinct ; inversement, un héritier peut avoir des droits dans la succession sans être bénéficiaire d’une assurance-vie.

Ce que les familles doivent absolument retenir

La première vérité, c’est que la banque ne remplace ni la loi ni le notaire. Elle bloque, sécurise, informe et exécute, mais elle ne désigne pas librement les bénéficiaires. Les comptes individuels du défunt entrent en principe dans la succession. Les procurations cessent. Les frais funéraires peuvent être réglés dans un cadre limité. Les petites successions peuvent bénéficier de formalités allégées. Mais la détermination de celui qui hérite réellement dépend toujours d’abord des règles successorales.

La deuxième vérité, c’est que le conjoint survivant n’est pas automatiquement propriétaire de tous les comptes, sauf situation très particulière où ses droits successoraux et patrimoniaux conduisent en pratique à un résultat très favorable. Dès qu’il existe des enfants, surtout d’une autre union, la répartition se nuance fortement. Les enfants demeurent au centre de la dévolution successorale.

La troisième vérité, c’est que le compte joint ne fait pas disparaître la succession. Il simplifie l’usage bancaire, mais n’élimine pas la nécessité d’identifier la part des fonds appartenant au défunt. Le cotitulaire survivant n’hérite pas automatiquement de tout le solde parce qu’il reste seul à faire fonctionner le compte.

La quatrième vérité, enfin, c’est qu’hériter des comptes ne signifie pas recevoir un jackpot instantané. Les dettes, les frais, les droits fiscaux, les preuves à fournir et la composition globale du patrimoine influencent ce que chacun percevra effectivement. La bonne lecture n’est donc jamais seulement bancaire ; elle est successorale, patrimoniale et familiale.

En pratique, qui reçoit quoi selon les situations les plus courantes

Dans le cas le plus simple d’une personne célibataire avec enfants et sans testament particulier, les comptes individuels du défunt entrent dans la succession et reviennent aux enfants, en principe à parts égales, après traitement du passif. Les enfants sont alors les héritiers naturels des liquidités bancaires.

Dans le cas d’une personne mariée avec uniquement des enfants communs, les comptes du défunt n’appartiennent pas automatiquement au conjoint. Le conjoint survivant dispose, selon l’article 757 du Code civil, d’un choix entre l’usufruit de la totalité des biens existants ou la propriété du quart. Les enfants conservent donc une place essentielle dans l’héritage des liquidités, même si le conjoint est largement protégé.

Dans le cas d’une famille recomposée avec enfants non communs, le conjoint survivant recueille la propriété du quart des biens. Le reste revient aux descendants. Les comptes bancaires suivent cette répartition globale. Le conjoint ne peut donc pas considérer qu’il devient le bénéficiaire naturel de l’intégralité des soldes.

Dans le cas d’une personne mariée sans enfant ni parent survivant, le conjoint recueille toute la succession. Dans ce scénario précis, les comptes bancaires du défunt peuvent effectivement revenir intégralement au conjoint survivant, mais parce que le droit des successions le prévoit, non parce que la banque l’aurait décidé.

Dans le cas d’un partenaire de PACS ou d’un concubin sans testament, les comptes individuels du défunt ne lui reviennent pas automatiquement. Les héritiers légaux seront recherchés dans la famille du défunt selon l’ordre successoral. C’est l’un des cas où l’écart entre intuition affective et réalité juridique est le plus grand.

Dans le cas d’un compte joint, le survivant peut conserver un rôle dans le fonctionnement du compte selon la convention bancaire, mais la part des sommes appartenant au défunt doit être prise en compte dans la succession. Ce sont donc les héritiers du défunt qui ont vocation à recevoir cette part successorale.

Synthèse client : comment savoir rapidement à qui vont les comptes bancaires

Situation Qui a des droits réels sur les comptes du défunt ? Point de vigilance
Compte individuel au seul nom du défunt Les héritiers ou légataires désignés par la succession, pas la personne qui détenait la carte ou la procuration Le compte est en principe bloqué dès que la banque apprend le décès
Procuration sur le compte Le mandataire n’hérite pas grâce à la procuration La procuration s’arrête au décès
Conjoint survivant avec enfants communs Le conjoint a des droits, mais n’hérite pas automatiquement de tout ; il peut avoir l’usufruit de tout ou le quart en propriété selon la loi Les enfants conservent des droits importants
Conjoint survivant avec enfants non communs Le conjoint recueille en principe le quart en propriété Le reste revient aux descendants
Conjoint survivant sans enfants ni parents du défunt Le conjoint recueille toute la succession C’est une règle successorale, pas un automatisme bancaire
Partenaire de PACS ou concubin sans testament Pas d’héritage légal automatique sur les comptes Une anticipation juridique est indispensable
Compte joint Le survivant ne devient pas forcément propriétaire de tout le solde ; la part du défunt entre dans la succession Fonctionnement du compte et propriété successorale sont deux choses différentes
Petite succession bancaire Les héritiers peuvent parfois débloquer les avoirs avec une attestation commune si le total est inférieur à 5 000 euros Au-delà, acte de notoriété en principe requis
Frais d’obsèques Les comptes peuvent être mobilisés pour régler les funérailles dans un cadre limité Plafond porté à 5 910 euros depuis le 1er janvier 2025
Frais bancaires de succession Les héritiers supportent des frais encadrés Depuis le 13 novembre 2025 : plafond de 1 %, maximum 857 euros au 1er janvier 2026, et cas d’exonération

FAQ sur l’héritage des comptes bancaires après un décès

Le conjoint survivant peut-il retirer librement l’argent d’un compte individuel du défunt ?

Non. Les comptes ouverts au seul nom du défunt sont en principe bloqués dès que la banque est informée du décès. Le conjoint survivant a des droits successoraux, parfois importants, mais cela ne lui donne pas un libre accès immédiat au compte individuel du défunt. Il faut d’abord régler la question successorale et produire les justificatifs nécessaires.

Le compte joint revient-il automatiquement au survivant ?

Pas totalement au sens de la propriété successorale. Le compte joint peut continuer à fonctionner selon la convention de compte, mais la part des sommes appartenant au défunt doit être intégrée à la succession. Le survivant ne devient donc pas automatiquement propriétaire de l’intégralité du solde simplement parce qu’il est l’autre cotitulaire.

Une procuration permet-elle d’hériter de l’argent sur le compte ?

Non. La procuration cesse au décès. Elle n’a jamais pour effet de transformer le mandataire en héritier. Une personne qui avait procuration peut perdre toute capacité d’action sur le compte dès le décès, sauf interventions autorisées dans le cadre légal par la banque ou le notaire.

Les enfants passent-ils avant le conjoint pour hériter des comptes ?

Il faut raisonner en droits respectifs, pas en formule simpliste. En présence d’enfants, ceux-ci conservent un rôle central dans la succession. Le conjoint survivant a des droits définis par la loi, mais il n’hérite pas automatiquement de tous les comptes. Quand des enfants existent, surtout d’une autre union, la part du conjoint est strictement encadrée.

Un partenaire de PACS hérite-t-il des comptes bancaires du défunt ?

Pas automatiquement. Sans disposition particulière prise du vivant du défunt, le partenaire de PACS n’a pas la même vocation successorale légale qu’un conjoint marié. Pour un concubin, l’absence d’héritage automatique est également la règle.

Peut-on récupérer rapidement les sommes si la succession est très faible ?

Oui, dans certains cas. Lorsque le total des avoirs financiers est inférieur à 5 000 euros, une attestation écrite et signée par l’ensemble des héritiers peut suffire pour obtenir le versement des fonds. Si le montant dépasse ce seuil, un acte de notoriété établi par un notaire est en principe nécessaire.

Les frais d’obsèques peuvent-ils être payés avant la fin de la succession ?

Oui. Les comptes du défunt peuvent être utilisés, sous conditions, pour régler les frais d’obsèques. Le plafond de cette somme a été porté à 5 910 euros depuis le 1er janvier 2025. Cela ne signifie pas que le compte est librement débloqué pour toutes les autres dépenses.

Les banques peuvent-elles encore facturer des frais élevés sur les successions ?

Le cadre a changé. Depuis le 13 novembre 2025, les frais bancaires de succession sont plafonnés à 1 % du montant total des soldes des comptes et produits d’épargne du défunt, avec un maximum de 857 euros au 1er janvier 2026. Certaines petites successions ou successions simples bénéficient en plus d’une exonération de frais.

Les dettes du défunt réduisent-elles ce que les héritiers reçoivent sur les comptes ?

Oui. Les comptes bancaires participent au règlement global de la succession. Les dettes et charges peuvent donc diminuer ce que les héritiers perçoivent réellement. C’est pour cela que la loi prévoit plusieurs options successorales, dont la renonciation ou l’acceptation à concurrence de l’actif net.

Le testament permet-il de laisser tous les comptes à une seule personne ?

Pas toujours. Le défunt peut organiser sa succession par testament, mais seulement dans la mesure compatible avec la réserve héréditaire lorsqu’il existe des héritiers protégés, notamment des descendants. Un testament peut donc modifier la répartition, parfois fortement, mais il ne permet pas forcément d’écarter totalement les enfants.

Les livrets et l’épargne bancaire sont-ils traités différemment du compte courant ?

En règle générale, non. Les comptes de dépôts et plusieurs produits d’épargne réglementée sont pris en compte dans le règlement de la succession. Ils sont donc, comme le compte courant, intégrés à l’analyse des avoirs à transmettre.

Qui hérite réellement des comptes bancaires du défunt, en une phrase ?

Les sommes figurant sur les comptes du défunt reviennent aux personnes qui ont juridiquement la qualité d’héritier ou de légataire, selon la loi et les éventuelles dispositions valables du défunt, après prise en compte de la nature du compte, des droits du conjoint, des droits des enfants et du passif successoral.

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